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3. Les fuites dites “normales à bord des sous-marins

Les fuites dites
« normales » à bord des Sous Marins

 

(voici ce qu’ont connu ceux du Roland Morillot – à
méditer)

 

En effet, il y avait les
"fuites normales" ce qui induisait des consignes particulières à
prendre avant et durant l’immersion, Je veux bien vous les raconter mais ne le
dites pas aux jeunes sinon ils ne viendraient plus aux sous-marins.

A la prise de la tenue de veille, (pour les non initiés les préparatifs de
plongée), le barreur de direction qui était dans le kiosque enfilait le parka,
ainsi que l’officier de quart si on restait à l’immersion périscopique.

Pourquoi cela ?

A la prise de plongée le panneau supérieur fuyait entre la surface et 10 mètres, et comme le
siège du barreur était sous le panneau, il prenait invariablement la douche. A partir de 10 mètres le panneau
s’appuyait correctement sur son portage et le tour était joué.
Quand à l’ officier de quart, si le bâteau restait à l’ immersion périscopique
ce dernier devait assurer la veille au périscope de veille qui une fois hissé laissait
passer un filet d’ eau du diamètre d’ une paille qui coulait en permanence. L’officier
de quart devait donc protéger l’oculaire avec la capuche de sa parka.
En trois ans je n’ai pas souvenance que l’on ait pu l’étancher malgré le
bourrage de graisse régulier du joint du presse étoupe.

La prise de plongée se faisait un peu différemment des autres sous-marins. La
flotabilité faible du "Roland" (9 %) ne permettait pas de tenir sur
les centraux sans courir le risque de voir l’eau arriver très vite au panneau
supérieur ! L’alerte était donc donnée et toutes les purges y compris les
centraux étaient ouvertes après la fermeture du panneau supérieur.

La barre de plongée avant n’était sortie qu’après la prise de plongée et la
réduction de la vitesse (moins de 8 noeuds). La sortie de la barre de plongée
avant était faite en local par le veilleur qui descendait de la passerelle,
prenait au passage un marteau et filait au poste torpilles où il grimpait
rapidement à proximité de la purge du ballast 5. Il surveillait alors le début d’ouverture
de la purge et l’accompagnant d’un vigoureux coup de marteau appliqué sur la
manoeuvre à bras, pour le passage d’ un point dur qui a toujours existé. Dès le
ballast rempli cette foutu purge commençait à fuir et cela quelle que soit l’immersion.

Un point particulier encore était le schnorchel. La fermeture du clapet de tête
n’était pas commandée par des électrodes mais par un "clapet à boule"
qui n’ était pas un modèle de rapidité d’ où une copieuse entrée d’ eau à
chaque perte d’ immersion ou lorsque la mer était formée.
Bien entendu, il n’ y avait aucune détection de présence d’ eau par lumineux,
et c’ était le mécanicien schnorchel, chargé du hissage et de l’ ouverture et
fermeture du clapet d’ échappement général schnorchel qui prévenait le maître
de central qui lui ne voyait rien, du débit plus ou moins important de l’
entrée d’ eau.

Je me souviens que le mécanicien de notre tiers s’appelait VELTEN, Alsacien bon
teint, qui invariablement renseignait le maître de central par un tonitruant "LA PURCHE TONNE DE L’EAU".

Le deuxième point important qui pouvait alerter le patron de central était le
mécanicien des auxiliaires qui était sous le parquet du central et visible par
le panneau. Dès que l’eau passait au dessus du parquet des auxiliaires et que
le mécano grimpait sur les vannes pour ne pas se mouiller les pieds, alors l’alerte
technique était déclenchée.

Une chose grandiose était aussi à voir lors de la re disposition des moteurs "MAN". Lorsque les moteurs
étaient virés à l’air, on se croyait presque à Versailles, car l’eau sortait
par tous les robinets de décompression.

Voilà quelques anecdotes de ce bâteau si attachant.

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1. Marine et Sous Marins

 

Il n’existe que trois types d’individus : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer

* * * * * * * * * * * * * * * * * * *

  

Je vais essayer ici de vous conter l’expérience enrichissante que fut mon passage aux sous marins dans les années 67 à 70 et le cheminement qui m’y a amené. Je vais certainement en oublier mais la mémoire n’étant pas mon fort, quarante ans après, elle en a pris un coup.

 

Commençons par le commencement …

 

1. La Marine

 

A quinze ans et demi, ayant suffisamment usé mes culottes sur les bancs de l’école, certificat d’études en poche (quand même!!!) je recherche mon premier emploi ; en 1965, le travail ne manque pas et je commence ma vie professionnelle dans une petite usine de fabrication de cagettes de fruits. J’y reste trois mois, le papa ayant jugé bon de me faire travailler avec lui dans les travaux publics, il y avait quand même plus d’avenir …

 

Manœuvre, conducteur de dumper, grutier, j’ai vu ce qu’était la construction d’un barrage (Le Salagou à Clermont l’Hérault) et d’une usine hydro-électrique souterraine (Mons la Trivalle – Hérault ) Ce fut une expérience enrichissante.

 

Comme l’avait fait mon frère ainé, je décide un jour de tenter l’aventure et de m’engager dans la Marine Nationale dite "la royale" en opposition à la marchande ou à la pêche. Comme lui, j’opte pour les sous marins. En fait, je n’ai su que peu de choses de cette période de sa vie ; il était mon ainé de sept ans, moi le petit dernier ; je l’ai vu partir à 17 ans sans vraiment le connaître. Indépendant et discret, nous n’avons pratiquement  jamais parlé de son expérience et ce fut donc pour moi l’aventure totale. Décédé en 1980 dans un accident d’avion, il me manque encore.

 

Lors des trois jours à Toulon, vu mon cursus scolaire, le choix d’une spécialité est limité ; c’est donc en qualité de Timonier que je signe un engagement de trois ans, les spécialités du pont étant plus accessibles à ceux qui, comme moi, avaient peu de bagage.

 

Le 29 mars 1967, départ pour HOURTIN (33) où le matelot de base effectue ses trois mois de classes. Sur le quai de la gare de Bordeaux, nous sommes pris en charge et des bus nous emmènent au CFM (centre formation Marine).

 

Avant toute installation, mise dans l’ambiance : tous chez le coiffeur pour une boule à zéro ! (le changement est tel que je n’en reconnais pas un copain de voyage). Dans cette usine à bidasses, nous faisons connaissance avec la vie militaire et ceux qui nous forment n’ont rien de gardes chiourmes ; ils nous laissent tranquilles dans la mesure où l’on fait comme il faut ce qu’ils nous demandent ; les rares marches que j’ai pu faire tenaient plus à de la promenade de santé qu’à de la marche forcée et vu que notre gradé n’y tenait pas trop, nous nous reposions … dans les dunes en tirant sur la cigarette.

 

Autre particularité Marine, quand on arrive à Hourtin, on touche un paquetage et un sac ; mais comment range-on des vêtements dans un sac de marin ? Là intervient un apprentissage : fer à repasser et pliage au carré, car tout est dans l’art du pliage. Tout vêtement dont la surface le permet est savamment plié en carré de 30X30 qui, empilé les uns sur les autres, forme un joli parallélépipède bien rectiligne ; malheur à celui qui dépasse les dimensions du gabarit, coup de pompe du gradé et tout est à refaire ! L’habitude venant, avec un peu d’attention, nous devenons de fins repasseurs et des rois de l’empilage ; de plus, trois mois n’est pas si long et ceci passe aux oubliettes par la suite ; certains trouveront futile ce genre d’exercice, mais au bénéfice, nous avons au moins appris à ranger correctement nos affaires …

 

Autres petites gâteries plus maritimes celles-ci : navigation à la godille et en chaloupe à barreurs. Pour la première quand le coup de main est pris, on se débrouille et la deuxième nous vaut de belles suées pour coordonner l’ensemble des nageurs et pour les concours entre pelotons que nous faisons. Unis dans l’effort, on y passe de bons moments.

 

Devenus de vrais matafs après ces trois mois somme toute peinards, retour dans la famille pour une petite perme.

 

En mai 67, je rejoins l’école des timoniers au Cap Brun près de Toulon ; formation de quatre mois et découverte d’une des deux seules spécialités typiquement Marine concernant le pont.

 

Le timonier est un assistant de l’officier de navigation et de l’officier de quart (gestion des informations nautiques et des cartes, entretien et mise en oeuvre des matériels de navigation et de passerelle, etc…) ainsi que des moyens de communications (morse par projecteur appelé scott) ; pour lequel, dans ce domaine, j’ai pour une fois été bon en obtenant le premier prix de ma promotion avec pour récompense un livre admirable sur le Commandant Lherminier, commandant du Casabianca durant la deuxième guerre.

 

Le manœuvrier dit "le bosco" quant à lui s’occupe de tout ce qui concerne la manœuvre, l’amarrage et ses apparaux. Pour les charrier, on dit qu’il faut deux boscos pour faire un timonier ; rien de bien méchant dans tout ça car à bord on est plutôt complémentaires et aux sous-marins, le travail sur le pont, il n’y en a guère …

 

Pour notre première en mer, nous faisons une sortie d’une journée sur un dragueur de mines ; bien sympa ces petites unités et même pas vomi pour le baptême (ce ne fut pas le cas de tous).

 

Ces quatre mois se passent sans problème, studieux et dans la bonne humeur ; parfois quelques gâteries nous sont réservées par l’encadrement quand le bazar est trop conséquent : pompes dans les graviers, marche en canard en montée (aïe, aïe les cuisses) tout ça dans la rigolade mais pas trop sinon ils nous font recommencer. Somme toute, de bons moments qui soudent les hommes.

 

C’est aussi le point de départ d’une affection avec ce qui touche à la mer que je découvrirais mais trop tard !

 

Diplôme en poche, la manche de vareuse se garnit du premier galon : matelot breveté. Le choix d’embarquement fait, je pars pour la base sous marine de Toulon et l’ E.N.S.M  (école de navigation sous marine), LE GRAND JOUR.

 

2. L‘ENSM.

 

Curieusement, je n’ai que peu de souvenirs de mon passage dans cet établissement.

 

En tout premier lieu, nous passons au caisson de décompression qui juge notre aptitude à subir les dépressions du bord en navigation au schnorchel (expliqué plus loin) Point de passage obligatoire, on est éliminé si le test s’avère négatif.

 

Formés aux spécificités sous-marin nous ingurgitons toute la théorie les concernant ; je me rappelle de l’étude des canalisations et des sectionnements ; leur forme et couleur correspondent à un type de fluide (eau, huile), d’air et il faut être à même, les yeux fermés, de dire de quel type de sectionnement il s’agit et ce qui circule dans le circuit.

 

En formation sécurité, je me souviens encore de l’exercice incendie que nous avons dû faire ; équipés d’un appareil respiratoire "Fenzi" nous devons éteindre dans un cylindre cloisonné, un feu de gasoil allumé dans un bac. J’ai eu l’impression à cette occasion, d’entrer en enfer : fumée, chaleur épouvantable, on se dirige à quatre pattes, à tâtons, pour rejoindre le brasier que l’on aperçoit au fond et que nous devons éteindre avec un extincteur. Suffoqué par la chaleur, la difficulté à respirer arrive avec le stress et l’affolement suit ; plusieurs ont voulu arracher le respirateur et le pompier instructeur a eu fort à faire. Le trouillomètre est descendu bien bas, je vous le garantis et l’on n’essaye même pas de s’imaginer en conditions réelles à bord, ce que peut être un incendie. L’eau et le feu sont nos pires ennemis et à cet effet, les bâtiments sont cloisonnés pour isoler les zones touchées et protéger les personnels.

 

3. Le monde des sous-mariniers

 

Avant d’embarquer, on ne sait que peu de choses de ce que seront nos conditions de vie dans les vaisseaux noirs. Milieu secret, ceux qui en font partie se dévoilent peu, vivent entre eux, sortent entre eux et vu de l’extérieur font quelque peu fantasmer ; on les appelle "les rats", pas bien propres sur eux, ça pue dans leur boîte à sardines et de plus, parait il, ils sont un peu "PD" là dedans … prendre la main aux fesses est pratique courante en se croisant dans les coursives et pour l’anecdote, je me souviens  d’un dimanche de quart à Toulon où les arpettes (apprentis mécaniciens de la flotte) venant visiter le bord, tous beaux, tous mignons du haut de leur quinze ans avec leur jolie tenue toute neuve, ont été accueillis par des sifflets admiratifs !!! Pour un peu, il en est qui auraient fait demi tour avant la visite ! Au secours, non, non, pas ça, et nous d’entretenir la réputation et de se taper le ventre en voyant la scène.

 

Le seul dépucelage autorisé est d’ôter la rondelle de l’ancre de Marine sur le "bachis" pour marquer le passage chez les brevetés ; autre opération, pour faire comme les anciens : supprimer l’armature et le tirer bien en arrière pour lui donner la forme particulière aux sous mariniers. Tout un petit folklore que l’on se charge de faire perdurer et qui fait partie de notre vie.

 

Pour ce qui est de la chose militaire, aucun souci avec ça ; les gradés ou les officiers n’en sont pas malades et on nous demande le minimum ; de toute façon cela parait tellement évident que de respecter notre hiérarchie et l’arme dans laquelle nous nous sommes engagés que cela ne présente aucune difficulté. Nous sommes fiers d’être Marins qui plus est, Sous Mariniers, fiers de l’uniforme que l’on porte et dévoués à ceux qui nous commandent ; il faut faire le travail demandé, lendemain de java ou pas, la sécurité de tous en dépend ; ça responsabilise, même à 17/18 ans.

 

La flotte se compose uniquement de sous marins dits classiques à propulsion diesel/électrique, les atomiques dont Le Redoutable, premier du nom, ne sont encore qu’en phase de construction puis d’essais.

 

Composition de la flotte :

 

- les 400t type Aréthuse – effectif : 6 officiers, 34 hommes d’équipage – 21 jours d’autonomie – immersion 200m – vitesse 16 nœuds.

 

- les 800t type Daphné – effectif : 6 officiers, 44 hommes d’équipage – 30 jours d’autonomie – immersion 300m – vitesse 16 nœuds.

 

- les 1600t type Narval – effectif : 7 officiers, 57 hommes d’équipage – 45 jours d’autonomie – immersion 200m – vitesse 18 nœuds. Ces bâtiments ont subi une refonte importante les améliorant considérablement.

 

La disposition intérieure est identique sur les trois types

-          poste avant/torpilles

-          poste équipage et officiers mariniers en vis-à-vis sur babord et tribord

-          carré des officiers et du commandant

-          poste central

-          central opérations

-          compartiment diesels

-          compartiment électriques

-          poste arrière.

 

L’équipage est réparti en tiers et il en existe même un quatrième (c’est nouveau, ça vient de sortir) composé du cuisinier, du commis, du maître d’hôtel du commandant et du bouvier ainsi dénommé car il assure le service des bœufs (les gradés) c’est le seul appelé du bord et son sort est des plus favorables : vu sa faible solde, quand il est de sortie avec les autres c’est du tout frais payé : boissons, resto et même la douceur finale qu’est la visite chez certaines dames …(ne pas le répéter, notre réputation en dépends) nous appelons ça la sortie hygiénique qui est de mise avant de partir et en rentrant de mer.

 

Quand on travaille à bord, on est de quart ; sur 24h  les horaires sont répartis comme suit :

 

08h00/12h00 – 18h00/20h00 – 04h00/08h00.

12h00/15h00 – 20h00/24h00

15h00/18h00 – 24h00/04h00.

 

Et ça tourne …

 

La nourriture est excellente ; tout le monde a la même chose ; seule différence pour les officiers et les gradés : la vaisselle et le service ; déjà un premier point qui rapproche les hommes.  Nous pouvons manger du frais environ une semaine et par la suite, conserves et surgelés. Nous avons eu une fois l’occasion de tester des plats préparés prévus pour la compagnie des wagons lits ; disposant d’une cuisine similaire à la notre, nous avons servi de cobayes. On s’en est mis plein la lampe et je me rappelle avoir goûté pour la première fois en 68, du canard à l’orange ; un petit luxe à l’époque.

 

La première semaine de mer, le rythme de vie reste encore assez équilibré mais au-delà, avec la rotation des quarts, la fatigue gagne du terrain et cela devient du repas, boulot, dodo. Le moment du repas est privilégié car nous nous retrouvons ceux du huit à midi qui ont terminé le quart et ceux du quinze à dix huit qui attendent leur tour ; moments d’échanges, de franche rigolade, chansons ou toute autre détente sont bons à prendre, il n’y a guère de distractions.

 

Les installations à bord sont spartiates ; les lits sont accrochés aux cloisons et doivent être repliés après usage pour pouvoir utiliser la table ; la rangée du haut sert de dossier et celle du bas, de siège.  Le repas terminé, il vaut mieux ne pas avoir trop de gars éveillés et restant à table, les fatigués ne disposent plus d’assez de place pour s’allonger. Dans le poste équipage, un point eau douce à utiliser avec parcimonie et une douche à l’eau froide et de mer ! Question propreté du personnel, c’est à croire que la crasse fait partie de la règle du jeu :  les tenues de travail sont loin d’être nettes et le meccano sans cambouis n’est pas un meccano. De toute façon, même dans les autres spécialités, les tenues ne brillent pas non plus par leur propreté et c’est loin de sentir la lavande …  le vestimentaire est une chose mais, en mer, l’hygiène, c’est encore autre chose. A bord, un embarquement d’eau douce est bien prévu  mais sa quantité est loin de couvrir les besoins ; donc conclusion, on la boit et l’utilise pour la cuisine et la toilette me direz-vous … on verra ça de retour à la base ! la seule douche dont nous disposions était froide et à l’eau de mer, ça n’existait pas la désalinisation à l’époque. Vous pouvez donc vous imaginer l’odeur au bout de 30 à 45 jours de mer, sans rejoindre la terre … avant d’arriver à quai, si le temps le permet, ventilation plein pot, panneaux de pont ouverts mais le résultat reste limité : les premiers à monter à bord font une belle reculée ; un vieux mélange d’odeurs de gasoil, d’huile, de crasse, à faire vomir. En escale, lors des déplacements de longue durée, un bâtiment de soutien logistique nous accompagne ; il sert à la fois d’hôtel (seul restent à bord les hommes de quart) et de restaurant. Nous pouvons y prendre de bonnes douches à l’eau chaude s’il vous plait qui après des jours de crasse sont un vrai bonheur. A défaut, nous allons à l’hôtel en ville ce qui m’est arrivé une fois lors d’une escale à PORT VENDRES ; pour l’anecdote, le maître d’hôtel venu chercher le bagage du commandant, invité à descendre le chercher et bénéficier ainsi d’une visite "privilégiée" failli tomber sur le cul vu l’odeur!

 

Dans le genre peu ragoutant, le couchage n’est pas mal non plus ; deux lits pour trois, voici "la bannette chaude" ; c’est suffisant vu qu’il y a toujours un des utilisateurs de quart et pas besoin de bassinoire, le collègue s’en charge, 37° assurés… chacun amène sa petite part de jus mais quand même, n’exagérons pas, en 30 ou 45 jours, les draps sont tout de même changés une fois… En hiver, comme il ne fait pas très chaud à bord, on se déshabille à peine et au lit comme ça ! 

 

L’encadrement un peu mieux loti bénéficie d’une bannette individuelle ; seul le Commandant a son espace propre : le carré.

 

Même si ça paraît un peu dur à avaler, c’est ça la vie de sous mariniers à l’époque et n’allez surtout pas croire que le Pacha ou les officiers passent 5 mn sous la douche tous les matins, tout au plus un coup de gant de toilette sommaire … tout le monde à la même enseigne. Le plus terrible, quand on en parle avec certains anciens qui ont connu le confort des nouvelles générations de sous marins où chacun dispose de son espace, d’eau douce à gogo, ils vous disent : c’était autre chose les classiques, le confort a tué l’ambiance! Sur le premier nucléaire, on les a même secoués pour qu’ils utilisent plus d’eau douce ! Excusons ceux venant des classiques, ils n’avaient pas l’habitude …

 

A chaque spécialité, une tâche incombe ; ceux de la machine ont une activité unique, les autres ont des activités diverses. En surface, ceux de la machine, meccanos et électriciens, ont une charge de travail plus importante ; diesels et électriques tournent, il faut s’en occuper.

 

La propulsion est assurée par les moteurs électriques. Couplés à des génératrices, les diesels servent à recharger les batteries et fournissent aux électriques le courant nécessaire à la propulsion ; ils sont utilisés en surface mais aussi en immersion périscopique au moyen d’un aérien "le schnorchel" ; ce tube dépassant à la surface permet d’apporter aux moteurs l’air nécessaire à leur fonctionnement. Cet appendice a un gros défaut par mauvais temps : pour empêcher l’entrée d’eau, un clapet se ferme au contact des vagues sur des électrodes ; plus la mer est mauvaise, plus il se ferme souvent. Fermé, les diesels aspirent alors l’air à l’intérieur ; la dépression engendrée s’interrompt à la réouverture mais les tympans font des "plics, plocs" à la fréquence des ouverture/fermeture ; ce n’est pas terrible mais dans la durée, on a la tête comme un compteur à gaz ; si la dépression devient trop importante, les diesels sont immédiatement stoppés pour éviter de nous éclater les tympans. Et quand on pense qu’on arrive à presque dormir dans ces conditions ; par contre, pour ce qui est de l’audition actuelle, alors là!

 

En plongée, c’est plus tranquille pour les meccanos machine : entretien moteur mais aussi poste des "auxiliaires" à tenir. De là est assurée la pesée du bateau (mise en application du principe d’Archymède)  Dans des caisses prévues à cet effet (régleurs pour le poids, caisses d’assiette pour l’équilibre horizontal) est admis plus ou moins d’eau ; de plus, comme il y a quand même quelques fuites, il faut aussi pomper le surplus dans la cale ; les électriciens quant à eux veillent sur leurs moteurs et la batterie : dans la cale, à plat ventre sur un chariot, il vérifient les niveaux.

 

Une anecdote relative à certains phénomènes de coque engendrés lors de la descente en immersion profonde est ici racontée par un collègue et montre que, pour ce qui est de faire des conneries personne n’est en reste  : au passage a 160 mètres, la cloison co-central se déforme et l’on a l’impression d’un coup de canon ; pour celui qui n’est pas prévenu, cela fait très drôle et combien de jeunes enseignes nouveaux embarqués placés a dessin par le pacha ou le maître de central près de l’échelle du sas, faisait les choux gras des postes par leur réaction. Quand on remontait, elle reprenait sa place avec effet identique. Je ne sais pas si le problème a été traité au grand carénage suivant.

 

Les autres spécialités assurent la veille à la passerelle, aux appareils de détection, de transmission et la conduite du navire. Toutes les demi-heures, il y a une rotation des intervenants.

 

A la barre de direction, il faut tenir le cap en surface mais en plongée, c’est cool ; la nuit il faut surtout se tenir …éveillé ! on a eu fait des tours complets parce que le barreur avait piqué du nez et que personne ne s’en était aperçu dés le début ; le bateau a viré gentiment et la manœuvre étant trop entamée, valait mieux finir le tour complet ;  à 50 ou 100m sous la flotte, ça ne risque pas grand-chose… 

 

Aux barres de plongée, pas de difficulté particulière en immersion profonde mais à l’immersion périscopique (moins 12m) cela se corse surtout par mauvais temps ; l’amplitude de la houle se fait presque autant sentir et garder l’immersion n’est pas  toujours évident ; quand les diesels tournent au schnorchel, si la fermeture du clapet est trop fréquente, le barreur se voit crédité d’un "chamelier" tonitruant de la part du reste de l’équipage.

 

Aux appareils de détection, deux postes sont tenus. La veille au sonar se fait de façon passive : casque sur la tête, nous écoutons tous les bruits sous marins et éventuellement quand il s’en présente, les autres bateaux ; Un tube cathodique est devant nous avec un crachotis lumineux et à l’écoute, la même chose en sonore : l’écouteur placé dans le bulbe à l’avant du bateau est orienté sur 360° au moyen du télécommande manuelle que l’on tourne avec l’index ; c’est monotone mais tellement surprenant quand l’on rencontre des bancs de crevettes, certains poissons et le bonheur avec les mammifères marins, de vrais dialogues. Pour les bateaux, les oreilles d’or que l’on n’appelait encore pas ainsi à l’époque renseignent sur le type de machine (diesel, turbine à vapeur, électrique), le genre de bâtiment supposé (c’était confirmé visuellement) la vitesse de rotation de l’hélice et autres éléments d’identification. Lors des quarts du minuit à quatre relativement éprouvants, fatigue et monotonie aidant, l’opérateur sonar a parfois de grosses difficultés à se tenir éveillé ; la tête se fait lourde, heurtant parfois l’appareil et c’est là aussi que, les yeux fermés, bien endormi, on voit notre lascar qui continue de tourner la télécommande tout en faisant un petit somme … encore une occasion de rigolade à les voir lutter contre le sommeil.

Un deuxième appareil dénommé GC02 sert, en passif également, à nous renseigner sur la présence de bruiteurs.

 

A la mer, en surface, on est plutôt balloté et à la passerelle, bien arrosés, d’où son nom : la baignoire, ça veut tout dire! Les sous marins ne sont pas des modèles du genre en surface ; ils ont la fâcheuse disposition à rouler de tous bords et de rentrer dans la vague : douche assurée si l’on n’y prête pas attention. Pour les sujets au mal de mer, la navigation houle par le travers, est un modèle : le bateau fait des S agrémentés de montées/descentes au résultat garanti ! Nausées voire plus si affinités avec… la poubelle.

 

La veille en surface se fait parfois dans des conditions difficiles et le personnel doit s’attacher, c’est plus sûr ; les paquets de mer contre la coque sont impressionnants de violence et des trappes de visite arrivent à plier sous les chocs ; parfois, avec la houle, les hélices sortent de l’eau et le bateau vibre de toute part. Certains ont même connu dans le golfe de Gascogne, la veille au périscope en surface ;  personne ne pouvant tenir à la passerelle au risque de sa vie … et les tenues de protection sont loin d’être aussi fonctionnelles que celles actuelles ; l’eau glacée en hiver qui vous coule le long de l’échine ………

 

Mais quand l’ordre de plonger est donné, le bonheur : à nous le calme des profondeurs, le sommeil réparateur. Les surfaciers ne sont pas aussi bien lotis ; encaissant le mauvais temps, c’est loin d’être une partie de plaisir surtout dans la durée ; nous avions une pensée pour eux lors d’exercices conjoints. Toutefois, c’est dans ces conditions que la mer prend toute sa beauté particulièrement lors d’orages : couleur bleu profond, scintillements, blanc des vagues, rayons de lumière perçants à travers les nuages, éclairs, une pure merveille.

 

Nos patrouilles faites de surveillance, d’exercices durent de quelques jours à plus d’un mois, toujours limitées par l’autonomie. A voir la tête que l’on a en arrivant à quai : blancs comme des cachets d’aspirine, il n’est pas difficile de reconnaître un sous marinier d’un surfacier… Même si on ne le ressent pas dans le quotidien, ces conditions de vies doivent bien nous marquer un petit peu. Pour exemple, la montée à la passerelle après une période de plongée et l’ivresse légère qu’elle engendre et pour ne pas perdre pied physiologiquement avec la vie "normale" nous qui vivons 24h sur 24 en milieu clos, le passage du jour à la nuit marqué par un éclairage rouge ; il faut garder certains repaires.

 

La promiscuité aussi est souvent citée mais qu’est ce que ça peut bien vouloir dire pour nous ; "cul et chemise" partageant un vrai bonheur de vivre ensemble, ce sont des gens qui ne se supportent pas qui parlent de promiscuité ! Je ne crois pas avoir entendu parler dans notre milieu de gens s’en plaignant. Par contre ce qui m’a été raconté par un copain ayant connu les nucléaires c’est la dégradation des relations dés que l’espace individuel et le confort sont arrivés ; radio, vidéo, écouteur individuel, chacun dans sa bulle, l’isolement a commencé…  

 

A cette lecture, on comprend peut être pourquoi les anciens étaient discrets, si les jeunots avait eu connaissance de ces conditions de vie, ils auraient pris peur mais quel dommage pour eux, ils n’auraient pas connu la cohésion du groupe faite d’une grande fraternité où, du matelot au Commandant, on minimise les barrières ; c’eux qui sont passés par les vaisseaux noirs, tous grades confondus, n’oublient jamais cette particularité qui fait notre richesse.

 

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2. Marine et Sous Marins – mes embarquements

4. Premier embarquement : l’ARIANE.

 

Bâtiment de la 400 tonnes, l’Ariane est un chasseur de sous marins ; ce sont les plus petites unités de la flotte sous marine et l’espace est restreint pour les 40 hommes d’équipage, c’est ce qui surprend le plus ; il est même difficile de s’asseoir les genoux devant soi et il faut faire attention à sa tête, les coups de boule dans divers équipements sont fréquents. Le bateau fait d’une longue coursive est fragmentée en postes : torpilles, équipage, officiers mariniers, carré du Commandant et carré des officiers, central opérations, diesel, électriques, poste arrière ; une porte étanche isole chaque poste.

 

Le matériel occupe une place conséquente et c’est à croire qu’à la conception, ils ont mis le matos en premier et positionné le logement dans ce qui restait, aucune place perdue.

 

Pris en charge, le bleu continue sa formation in situ et vient le moment de la première sortie en mer et la première plongée. L’appréhension est là, mais avide de découverte, on oublie tout !

 

Il est de mise lors de la première plongée de baptiser les bleus en leur faisant boire un coup d’eau de mer qu’ils essayent de vite oublier avec un coup de rouge par-dessus ; vu la tête qu’ils font, c’est plutôt dégueulasse. Pour ce qui me concerne, le jour de ma première descente, copieusement vautré dans une bannette , je n’ai même pas entendu le "raoul" (klaxon indiquant la prise de plongée) et quand je me suis réveillé, nous étions à 60m, les anciens m’avaient oublié et je n’ai pas été baptisé ! Ouf, sauvé ! Je ne m’en suis pas vanté …

 

Pour le couchage, des hamacs sont encore prévus pour les jeunots ; le mien m’attends pendu vers les tubes lance torpilles ; ce n’est pas inconfortable mais démontage et rangement après chaque utilisation, il faut libérer l’espace.

 

Les quelques jours passés à bord se sont vite écoulés et ayant commencé par les plus petits, sachant que j’allais sur un 800t, la nouveauté m’attendait.

 

5. Lorient et le Sous Marin Diane.

 

Ma nouvelle affectation attribuée, je rejoins Lorient et le sous marin Diane, un 800 t de la classe Daphné ; c’est un peu plus spacieux qu’un 400 t (Lien sur une vidéo de 800t nouvelle génération : http://fr.youtube.com/watch?v=fhOpUqHmBn8  )

 

La base sous marine de Lorient est un monument de béton construit par les Allemands durant la 2° guerre mondiale ; une partie sert au logement et nous ne sommes pas du tout dépaysés par rapport à la vie à bord : espace clos, pas une fenêtre, ventilation à gogo ; dans les alvéoles stationnement les bateaux et la maintenance s’effectue en utilisant les slipways (voir photos). On sort les bateaux à l’extérieur pour leur refaire une beauté.

 

Une caserne extérieure est en cours de finition, la caserne Drogou.

 

Dés l’arrivée à bord, on se sent à l’aise et les liens se créent rapidement ; une excellente camaraderie y règne ; Job, chef du poste équipage et figure locale, veille à ses troupes. Toute particularité personnelle (nom, trait de visage ou autre) est vite exploité et la "victime" se voit charrié gentiment à la moindre occasion ; c’est toujours très correct, jamais méchant. Chacun est affublé d’un surnom et pour ce qui me concerne, vu ma spécialité de timonier, je suis "Le Tim".

 

Notre Pacha est le Lieutenant de vaisseau Nourry, un homme très proche de son équipage ; n’ayant pas froid aux yeux, il est appelé "le kamikaze" ; nous avons fait avec lui quelques exercices nous ayant permis de tester les capacités exceptionnelles des 800t considérés comme les meilleurs classiques au monde. Un de ces exercices nous conduisait de l’immersion périscopique (12m) à 300 m, moteurs à pleine puissance, inclinaison de 30° (assiette) puis retour vers la surface à l’identique : accrochez vous et tenez les gamelles.

 

Le LV Blanc qui Lui a succédé était plus sage.

 

Notre activité militaire se compose de patrouilles en Atlantique, Manche, Mer du nord et d’exercices divers avec les bâtiments de surface, les avions de détection sous marine ou d’autres sous marins ; ces différents exercices mettent en évidence notre supériorité car la détection sous marine est difficile. Des anecdotes l’ont maintes fois confirmé ; pour exemple un exercice OTAN avec le fleuron de la flotte mondiale qui avait pour mission de retrouver et couler un sous marin ; ce dernier avait quant à lui la tâche de couler les trois porte avions protégés par l’escadre. Bien sagement posés sur le fond, ils ont mis en route au passage de l’escadre et protégés par le bruit des hélices, les ont suivi jusqu’à la nuit ; c’est alors qu’ils ont fait surface au beau milieu de l’escadre, torpillé les trois porte avions et replongé sans s’être fait remarquer. Inutile de vous dire  la tête des "belligérants".

 

Un exercice avec des hommes hors du commun m’a également marqué : le débarquement de nageurs de combat ! J’ai malheureusement oublié les détails et le lieu où cela s’est produit, mais ce dont je me rappelle, c’est quand pour les évacuer vers l’extérieur, ils sont entrés dans les tubes lance torpille les pieds devant ; on leur a donné ensuite l’appareil respiratoire, fermé le tube et ouvert le panneau extérieur pour qu’en glissant, ils quittent le bord. Fallait un certain courage ! Sur les 1600t, c’était plus pratique, il y avait un sas à plongeurs.

 

Notre point fort est la discrétion ; nous utilisons notre sonar en mode passif (écoute) alors qu’en surface, ils l’utilisent en mode actif (émission d’ondes comme un radar) ; avec le raffut que cela fait, on les entendaient à 10 Km. Des essais de sonars tractés, utilisés en mode passif furent effectués pour palier à ce gros problème et nous y avons largement pris part ; ce n’était pas pour autant la panacée car pour se mouvoir, le bateau utilise sa machine et le bruit qu’elle engendre est largement suffisant pour nous ; comme un chasseur à l’affut, en silence, on épie notre proie et le moment venu, lui donne le coup fatal ! Reste ensuite à retrouver la torpille fictive qui parfois a pris la poudre d’escampette et qu’il faut absolument retrouver, vu le prix du joujou.

 

Avant qu’un bâtiment de surface ne nous repère, il y a belle lurette que nous connaissons un maximum de choses sur lui, même sans le voir : type de machine et de navire susceptible de l’utiliser, vitesse de rotation de l’hélice, vitesse, cap suivi ; il nous est même possible de déterminer une distance avec un appareil d’écoute.

 

Pour les avions, sauf s’ils ont eu la chance de nous avoir repéré à la vue, ce n’est pas avec leur radar qu’ils sont efficaces ; par mer calme, la trace que nous laissons avec le périscope ou autre aérien en immersion périscopique est facilement visible et c’est un de nos points faible ; mais dés que la mer se forme, cela se corse : visuellement, ils ont plus de mal et les échos radar sont bien maigres sur si peu de surface dépassant à la surface de l’eau. Tournants en rond sans résultat, parfois pour les aider et donner un peu plus de résultat, on faisait dépasser la cathédrale à la surface. Un jour, le Pacha en ayant ras la casquette de s’entendre dire à la radio par le gars de l’avion : "on ne vous voit pas ! on ne vous voit pas!" lui répondit du tac au tac : "attendez, je prends de l’élan et je décolle" …Pas toujours facile pour eux et bien souvent, par mauvais temps, l’exercice était annulé faute de résultats.

 

Pour rester dans le domaine des aériens (périscopes, radar, détecteur d’émissions radar, schnorchel, antenne radio) qui dépassent en immersion périscopique à la surface, ils ne sont pas un modèle de discrétion par le sillage engendré. Utilisés avec précaution, nous ne pouvons toutefois nous en dispenser ; lorsque la batterie a besoin d’être rechargée, le schnorchel doit être déployé ; le détecteur d’émissions radar va de pair avec tous les aériens car si nous détectons un bâtiment ou un avion trainant par là, il vaut mieux retourner à l’abri en immersion profonde et attendre un moment plus opportun pour la recharge.

 

Dans le domaine radio, si la réception est discrète, émettre ne l’est plus ; pour y palier, chiffrage des messages, compression (le winRAR de l’époque) et émission rapide, discrétion maximale. En plongée profonde, nous pouvons même recevoir des messages en déroulant un long câble flottant à la surface (antenne filaire), pas de problème d’antenne visible.

 

En matière de surveillance, a l’époque trainait en mer des bâtiments pas très catholiques ; ressemblant à des bateaux de pêche, truffés d’antennes, c’est curieux ce qu’ils allaient vite pour déguerpir quand ils voyaient la Marine de guerre … c’était la guerre froide et il ne faut pas se demander ce qu’ils venaient faire.

 

Les vrais pêcheurs aussi faisaient partie de notre attention comme tout navire de commerce et il en passe en Bretagne … il faut avoir vu le rail d’Ouessant, le rail en Manche, ces autoroutes de la mer où transitent toute la flotte maritime de commerce et autres pour s’imaginer le danger que cela représente. Pour avoir vu dans le rail d’Ouessant d’énormes tankers, je me suis chaque fois posé la question "mais que fait il là aussi prés des côtes ! " les drames écologiques survenus par la suite ne vous étonnent guère.

 

Durant mon embarquement, nous avons fait quelques rares escales à l’étranger. Accompagnés d’un bâtiment de soutien logistique (pas suffisamment de couchage, manque d’autonomie en eau et nourriture) Le BSL Rhône était notre accompagnateur.

 

En mai 68, une belle virée avait été prévue : Amsterdam, Copenhague et Portsmouth mais les évènements sont venu perturber la promenade et seule l’escale d’Amsterdam a été faite : une belle ville avec ses canaux, ses brasseries et ses jeunes filles en vitrine (censuré …) nous avons été accueillis par une manif de gauchos Hollandais qui ont été repoussés à la lance à incendie quand ils se sont approchés trop prêt de la coupée du Rhône. Rappelés, nous avons fait un retour prématuré, bien déçus de louper les autres escales.

 

Au retour, cerise sur le gâteau, nous avons eu droit à une nuit réparatrice posés sur le fond ; la baie de Crozon/Morgat propice pour cela, nous a servi d’hôtel et avec un minimum de personnel de quart nous avons profité du calme des profondeurs. Pour le poser, le bateau a été alourdi et gentiment, il est descendu jusqu’à toucher le fond.

 

Nous avons également passé huit jours aux îles canaries : 3 jours à Las Palmas (grande canarie) et 5 jours à Santa Cruz de Tenerife où nous avons pu faire de belles balades. Bien entendu, nous avons aussi visité d’autres endroits où nous avons fait tout, sauf de la visite du patrimoine ; quoique que,  dans un port, certains établissements peuvent aussi faire partie du patrimoine, chacun ses goûts …

 

C’est à la veille de notre départ pour le Portugal, que nous avons appris par la radio la perte du SM Minerve au large de Toulon ; ce drame nous a totalement mis KO ; avec l’esprit de corps régnant dans notre corporation on peut s’imaginer la tristesse de tous.

 

Au retour, nous avons fait une halte de 3 jours à Leixoes un port prés de Porto ; le Portugal de l’époque était loin de celui d’aujourd’hui et la misère y régnait : pauvreté, mendicité, des enfants venaient faire nos poubelles et cela m’avaient pas mal choqué ; difficile de s’accomoder d’un tel spectacle et les petites gâteries que l’on a pu leur offrir ont, j’espère, amélioré leur ordinaire.

 

Les escales en France étaient pas mal non plus : Villefranche sur mer, Calvi, Port Vendres où nous avons été logés à l’hôtel du midi, un 4 étoiles SVP ; quand ils ont vu arriver la bande de crasseux, ça leur a quand même fait un peu drôle, ils n’étaient guère habitués à ce genre de clientèle.

 

A Calvi, nous avons été logés au 2e régiment étranger de parachutistes de la Légion étrangère. Durant les trois jours passés avec eux, nous avons pu jauger de la qualité de ces hommes d’exception ; c’est loin d’être des fillettes et ce n’est pas pour rien que l’on les respecte dans le monde entier. Je ne sais pas pourquoi, avec les légionnaires il y a toujours eu des relations privilégiées ; là encore, on ne s’est pas forcé pour faire de sacrés java.

 

Lors des escales, le contact avec la population est privilégié et le pompon rouge bénéficie d’une bonne image : soit disant porte bonheur, ces dames le touchent en échange d’un bisou. Quand des visites à bord sont organisées, on sent chez les visiteurs une certaine considération. C’est un moment agréable de faire connaître notre bateau, la vie à bord, nos occupations et les questions ne manquent pas.

 

Terre de marins, en Bretagne, civils et militaires vivent en bonne entente et se respectent ; pour faire la fête, notre principale sortie est au dancing "chez Nedo" haut lieu des noctambules Lorientais. Les week-end, des bus (gratuits) sont mis à disposition pour se rendre dans les fêtes de villages alentour ; sympa non ? Plus sage surtout …

 

Le seul hic, car il y en a un, de la base sous marine au centre ville, il y a bien deux kilomètres et en Bretagne, même s’il y en a pas mal, on trouve plus de bistrots que d’églises ! Le genre de communion pratiqué en cours de route nous a parfois rendu impossible l’arrivée à destination … c’est bien connu, les matafs sont de mauvais marcheurs !

 

Je garde un excellent souvenir des neuf mois passés à Lorient, la Bretagne est on ne peut plus belle et les Bretons des gens de cœur. Quand est arrivé l’heure du départ pour Toulon, même pour moi dont la famille résidait dans le sud est, ce n’est pas de gaieté de cœur que j’ai pris la mer.

 

Pour notre arrivée à Toulon, le pacha avait eu une idée lumineuse qui reste gravée dans les anales : les ploucs Bretons arrivant chez les Mocos, fallait que ça se remarque ! Pour se faire remarquer, ce fut fait : tous ceux qui étaient sur le pont portaient des sabots ; quand le bureau d’accueil sur le quai s’en est aperçu, ils ont bien rigolé. Ah ces Bretons …

 

C’est donc à Toulon que nous avons quitté La Diane qui entrait en grand carénage et retourné à Lorient pour armer le Morse qui en sortait.

 

6. Lorient et Toulon – le Sous Marin Morse.

 

De retour en terre Bretonne, nous faisons connaissance avec notre nouvelle affectation ; l’équipage a été quelque peu modifié : une part d’anciens de la Diane, quelques nouveaux pour compléter l’effectif.

 

Quoique plus important, l’équipage d’un 1600t bénéficie d’un peu plus d’espace ; certes, pas de métamorphose dans la disposition mais tout de même un petit plus appréciable ; pour le reste, aucun changement, activité et matériels identiques.

 

Par affinités, des groupes se sont rapidement constitués et les bons vivants n’ont eu aucune peine à se former ; question fiesta, on en connaissait un rayon et raconter toutes les âneries qui ont pu être faites serait bien long. Une anecdote parmi tant d’autres concerne les petites vacances offertes par la marine Nationale. En hiver, nous faisions un petit séjour à La Condamine Chatelard près de Barcelonnette où nous étions sensés nous ré-oxygéner. Au menu, grand air et pratique du ski ; tu parles … au résultat, c’était en grande partie ski bar et gamelles mémorables qui avaient vite fait de nous dégoûter du ski ! Notre ré-oxygénation se passait donc au bistrot de Jausiers où nous avons offert à la fille de la maison un spectacle bien pitoyable de nos excès ; je me demande bien ce qu’elle a pu voir de pire après le passage de clients tels que nous !elle nous aimait bien malgré tout. Nous n’avions pas vingt ans et même si nos libations excessives n’étaient guère louables, il n’y eut jamais de bagarres ou autres dérives mais de grosses rigolades qui alimentent encore nos souvenirs ; peut être aussi le fait d’être toujours entre nous, nous a préservé de mauvaises rencontres.

 

Durant nos derniers mois à Lorient, en décembre 1968, un vendredi 13, une sortie en mer reste gravée dans ma mémoire :partis pour une petite balade en Atlantique, nous avons essuyé une tempête  comme jamais nous en avions vu ! Nous ne sommes pas allés bien loin et vu l’état de la mer, demi-tour ! Un problème s’est toutefois posé : vu notre tirant d’eau important et la passe d’entrée au port de Lorient peu profonde, nous avons dû laisser rentrer la pêche en priorité dont les conditions de navigations étaient autrement plus dangereuses que les nôtres. A l’abri de l’île de Groix, nous avons donc fait des allée/retour mais, chaque fois que nous virions de bord, nous sortions de l’abri de l’île et nous retrouvions bout à la lame (face à la vague) avec des creux de 9 mètres ; impressionnant, mais quelle beauté ! Vu l’endroit, dans ces conditions, il était hors de question de ne pas faire la veille à la passerelle ; on en a pris plein la tronche et ficelés après le bastingage, la baignade fut rafraîchissante. Les coups de boutoir des lames étaient d’une violence phénoménale et des trappes de visite ont plié sous les chocs ; pour être secoués, on l’a été.

 

Le moment de quitter notre chère Bretagne est arrivé et nous avons fait route vers le sud pour rejoindre Toulon ; lors du passage à Gibraltar, sur une mer d’huile et sous un soleil de plomb, nous avons été autorisés à aller sur le pont ce qui nous permit de tenir compagnie à nos accompagnateurs : dauphins, quelques petits cachalots et quelques poissons volants récupérés sur le pont. C’est toujours un grand plaisir de voir les dauphins ou les marsouins, ils ont une sacré vitesse d’évolution !

 

Par contre, ceux qui ne furent pas à la noce, ce sont les électriciens : avec la chaleur, la coque s’est transformée en cocotte minute et à l’intérieur, il faisait une température à crever ; 60° aux électriques où un gros ventilateur escargot faisait de son mieux pour tempérer un peu mais l’atmosphère restait étouffante.

 

Bronzette, détente et voici le cap Cépet ; d’un ZZ d’appel à station côtière en scott, le timonier que je suis signale l’arrivée du SM Morse ; puis c’est St Mandrier, l’entrée dans la rade de Toulon, l’arsenal et la base sous marine de Missiessy où amarrés au quai, nous posons pied en terre "moco".

 

Cette base est d’une tout autre dimension que celle de Lorient ; pas aussi intime, elle fait beaucoup plus caserne. La flotte sous marine est plus importante ; beaucoup plus de galonnés aussi en vadrouille ; inspection des permissionnaires avant de quitter l’arsenal, attention à la propreté de la tenue, la coupe de cheveu et au pli du pantalon (parfois le coup de peigne de finition ne suffit pas)

 

Comme nous, d’autres bâtiments sont prévus pour rejoindre Toulon et déjà on sent que se profile l’abandon de la BSM Lorient.

 

La découverte de la ville se fait en premier lieu par une sortie dans "Chicago", haut lieu de rencontre de tout ce qui porte pompon ; nous avons nos coins attitrés et nos petits restos préférés (sortie hygiénique oblige) Curiosité du secteur mais surtout seul endroit où nous nous sentons acceptés ; on ne peut pas dire que les Toulonnais nous apprécient beaucoup et hormis la manne financière que l’on apporte, ce n’est qu’au jour, plusieurs années plus tard, où l’on a envisagé de fermer l’arsenal qu’ils  trouvent les matafs dignes de quelque intérêt.

 

Notre activité en mer change de façon importante et se destine essentiellement au développement de matériels de détection pour les atomiques. A cet effet, la coque subit quelques transformations au niveau de la cathédrale : une rampe de microphones est installée et un nouvel appareil d’écoute mis sur le pont. Le Morse se reconnaît parmi tous les autres. L’intérieur n’est pas en reste : au poste torpille, des armoires électroniques sont installées et ces "usines à gaz" de fabrication THOMSON – CSF meublent notre quotidien.

 

Pour les sorties en mer, plus de marées d’un mois voire plus mais de la petite semaine, le week-end à la maison.  Nous passons notre temps en exercices divers avec des bâtiments de surface et c’est le défilé de grosses têtes, ingénieurs de tout poil au cerveau vacciné à l’électronique. C’est à cette occasion que nous embarquons la seule femme qui je crois, à l’époque, ait jamais navigué dans un sous marin. Dame Ursula, c’est son prénom, a le privilège d’occuper le carré du commandant seul espace privé disponible. Mais me direz-vous, avec tous ces hommes ? Et bien non, elle n’a pas été violée ! à sa décharge, elle n’avait que de l’Ursula mais pas de l’Andress et ses arguments physiques étaient diamétralement opposés à ceux de son intellect … puis, à la petite semaine, même à 20 ans, on arrive à se tenir …

 

Cette activité a eu au moins le bénéfice de permettre de fréquentes baignades à la belle saison ; en fin d’exercices, avant de rentrer à la base, surface, poste de navigation et tout le monde sur le pont ! Petit plongeon en Méditerranée dans parfois 3000m de fond pour les intéressés ; un petit peu impressionnant quand même…Mais un jour, une petite surprise nous attendait : par une bien belle journée, gentiment ballotés en surface par mer d’huile, l’officier de quart sollicite du Pacha l’autorisation de laisser monter l’équipage pour la baignade ; autorisation accordée ! Les premiers nageurs pointent leur nez et c’est alors qu’un des veilleurs signale : "requin par tribord à 20m" ! A la passerelle on se regarde, "t’es sûr demande un autre ?" et l’officier de quart, ayant exercé à Diego Suarez où ce genre de créatures ne manquent pas confirme ! Petit moment de froid …Le pépère en question, un peau bleue d’environ deux mètres nageait paisiblement entre deux eaux pour nous tenir compagnie, ce qui n’est pas vraiment du goût de nos baigneurs en puissance… Pour le faire déguerpir, nous utilisons notre téléphone sous marin qui balance des ondes à très basses fréquences et il ne les a guère apprécié : il a pris la poudre d’escampette et on ne l’a plus revu mais il a fallu quand même qu’un courageux soit le premier à plonger et ce ne fut pas la bousculade …  

 

Toute cette période Toulonnaise se déroule dans une relative monotonie ; les appareils que nous testons ont des performances impressionnantes et présagent de sacré capacités pour nos futurs sous marins atomiques. Dommage de ne pas avoir eu plus d’infos sur le sujet.

 

Une certaine liberté de tenue nous est accordée ; je ne sais plus qui en a eu l’idée, mais chaque tiers porte un teeshirt d’une couleur spécifique et chacun a son surnom inscrit sur la poitrine ; en ce qui me concerne, le sobriquet de Brigadier m’est donné ; ma décision de quitter la marine étant prise ; je me destinais à une carrière dans la Police Nationale.

 

Quelques jours avant le terme de mon engagement, un nouveau drame survient : l’Eurydice coule le 4 mars au large de St Tropez ; nouveau coup de massue ! S’il en est qui fêtent la quille, ce n’est pas mon cas ; le jour de mon départ, mes copains sont en mer participant aux recherches et j’assiste par la suite, place d’armes à Toulon à la cérémonie religieuse en leur mémoire. C’est là que j’entends une abrutie s’exprimer en ces termes : ils ont signé, ils ont morflé ! Ces propos ont fini de me dégoûter des Toulonnais.

 

Abstraction faite de la famille, Voilà les trois plus belles années de ma vie ici racontées, oui les trois plus belles gravées au plus profond de mon être. Pourquoi ne pas avoir continué me direz vous, pourquoi avoir quitté le milieu maritime pour un autre totalement inconnu ? Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre précisément : j’ai cru ne pas pouvoir supporter longuement ce mode de vie, la vie militaire ne m’a pourtant jamais déplu preuve en est, je me suis destiné à une corporation un tant soit peu militariste et de toute façon, je le suis toujours dans l’esprit. Une autre chose plus importante est rentrée en ligne de compte, a vingt ans, début 70, on se fait tout seul ; la famille n’est pas derrière nous surtout quand on est parti de chez soi à 17 ans. C’est mon patron du pont, quand il a su que je voulais quitter la Marine qui m’a conseillé de rentrer dans les CRS, un de ses amis y étant il connaissais un peu le milieu. Et voilà comment, moi qui n’avais jamais vu un CRS de ma vie, je me suis retrouvé à Ollioules pour passer le concours ! Pourtant, pas loin de nous, était amarrée la vedette des Douanes que je reluquais régulièrement, ce doit être pas mal là-dessus, disais-je …mais personne pour un conseil et pas d’effort de ma part pour le chercher.

 

Ah si jeunesse savait …

 

Ainsi va la vie ; vivez vous aussi de belles expériences et surtout partagez les ; parlez avec vos parents, grands parentsde ce qu’ils ont vécu, ce n’est pas quand il aura disparu qu’il faudra en parler , ce sera trop tard et vous le regretterez !

 

On ne vit pas que de souvenirs m’a t’on dit mais ils font partie de notre vie ; de plus, s’il sont exceptionnels, pourquoi les oublierait on !

 

J’ai eu la chance quarante après, de revoir quelques uns de mes anciens compagnons ; ces retrouvailles sont un vrai bonheur et tels que je les ai quittés en 70, je me les imaginais encore. Internet nous aide bien et j’attends toujours avec impatience le nouveau avec lequel je vais renouer le contact.  

 

L’ancien commandant du Sous Marin Diane devenu Amiral, nous convie depuis deux ans à une rencontre des anciens qu’il a eu sous ses ordres ; il nous reçoit chez lui, dans sa propriété, à ses frais, rien que pour le plaisir des retrouvailles ! ce n’est pas exceptionnel ça ?

 

A toi Marcel, Riton, le Margat, Pépé, Cyrrhose, Quinquin, Bill, vous mes frères d’armes,  je dis mon plus profond attachement et toute mon affection ; longue vie à vous tous dans le souvenir de nos bons vieux classiques.

 

  Tralala, tralala, tralalalère,

A Chicago la violette, à Chicago la violetta

Ah, Ah la violette, ah, ah, la violetta !

 

 

Citation

Le
sous-marin est ta maison, rends le propre et agréable


Le sous-marin est ton arme ..maintiens le prêt et efficace


Le sous-marin est ta patrie, ne le déshonore jamais


Le sous-marin est ta tombe, saches y mourir comme un sous-marinier




Chanson des Sous Mariniers

 

 

Il est sur des mers étrangères

Des petits gars dont les matafs, dont les matafs

Qui chaque jour risquent leur vie

Sous mariniers oui nous voilà, oui nous voilà

Pour faire partie de cette élite

Il faut savoir boire et chanter, boire et chanter

Comme on n’est pas certains de vivre

Il faut savoir en profiter, en profiter

 

Refrain.

 

Mais après tout

qu’est ce que ça fout

puisqu’on s’en fout

tra la la  l’après une plongée rapide

tu auras cessé de vivre

par mille mètres au fond des mers

ce sera ton cimetière.

 

Comme on n’a jamais eu de veine

Le sous marin ne remont’a pas, n’remontas pas

Pendant huit jours, plusieurs semaines

Dans les journaux on parlera, on parlera

De ces petits gars, ces prolétaires

Qui par amour pour leur bateau, pour leur bateau

Ont un beau jour quitté leur mère

Pour s’en aller au fond des flots, au fond des flots

 

Refrain

 

Mais si un jour la vie s’arrête,

Ta fiancée n’en mourra pas, n’en mourra pas

Au bout de six mois, plus d’un semestre

Un autre gars elle trouvera, elle trouvera

Et sa pauvre mère ignorante

A tout ce mal qui l’a comblée, qui la comblée

A la messe ira le dimanche

Se recueillir et pour prier et pour pleurer,

 

Refrain

Publié dans Vécu | Laisser un commentaire